Retour sur le procès de Jeudi Noir pour la réquisition de la Place des Vosges

Retour sur le procès de Jeudi Noir pour la réquisition de la Place des Vosges

C’est l’Etat qu’il faut condamner et pas Jeudi Noir pour leur réquisition de la place des Vosges !!!

Ce matin j’assistais à l’audience du procès de jeudi Noir, pour sa réquisition du bâtiment de la Place des Vosges avec Martine Billard, (Députée PG de la 1ère circonscription) et Eric Coquerel (Secrétaire National du PG), et nous avons pu à l’issu de l’audience échanger avec l’un de leur militant, Laurent Dubouchet. Instructif et pénible. Pénible tout d’abord, parce que pour des militants c’est toujours terriblement agaçant de ne pouvoir prendre la parole et intervenir dans les échanges ! On bout sur place mais on est obligé de laisser s’exprimer les avocats… Et ceux de jeudi Noir étaient très bons, fort heureusement ! Mais très instructif…

Revenons d’abord sur l’affaire. Le collectif jeudi Noir a réquisitionné depuis le 31 octobre un hôtel particulier désaffecté au cœur du quartier du marais, donnant sur la prestigieuse Place des Vosges. Ce bâtiment était inoccupé depuis 1965 ! Je m’y suis déjà rendue début novembre. Le bâtiment est en mauvais état et les conditions d’hébergement de la trentaine d’étudiants de Jeudi Noir sont spartiates. Mais le cadre, bâtiment monument historique est impressionnant.

Dans le cadre de la procédure juridique, la propriétaire, par l’intermédiaire de ses avocats, demande 69 600 euros de loyer par mois aux occupants ! A cela s’ajoutent  1500 euros d’indemnités journalières ! Ce qui fait un total de 115 000 euros par mois exigés pour un bâtiment vide depuis 44 ans ! Les riches n’ont peurs de rien !

Il s’avère que la propriétaire est par ailleurs âgée et sous tutelle de l’Etat. J’apprends à l’audience qu’elle désapprouverait cette tutelle. Ses avocats sont de fait les avocats de la tutelle…d’Etat… Est-ce donc l’Etat indirectement qui revendique une telle somme ? Leur plaidoirie fut scandaleuse. Ils ont essayé de faire pleurer les chaumières sur la situation de la pauvre vieille dame qui serait empêchée d’occuper son logement à cause d’affreux étudiants présentés comme des insouciants sans réels problèmes intéressés par occuper ce bâtiment par pur plaisir. Vu le froid de ce matin, et connaissant les lieux, je peux vous assurer que je ne les envie pas. Ayant été moi-même étudiante, je connais les galères des petits boulots qui ne permettent pas de se trouver un logement surtout à Paris. Et encore moins aujourd’hui vu la flambée des loyers.

Sachez, pour ne pas pleurer à votre tour, que la vieille dame en question est en maison de retraite, n’occupait pas son bâtiment précédemment et ne l’occupera pas plus quelque soit l’issue du procès. Le bâtiment nécessiterait tant de travaux pour des sommes qu’elle n’est pas en capacité d’avancer, qu’il n’est pas possible dans les prochains mois, voire dans les 2 prochaines années, de le mettre en location.

Alors pourquoi demander de telles sommes aux étudiants ? Aucun préjudice n’existe réellement : le bâtiment est respecté par les occupants, voir mieux protégé par leur présence ! On a tout l’aire d’être face à une volonté d’intimidation, de dissuasion exemplaire. La criminalisation de la contestation sociale bien connue semble à l’œuvre !

Autre argument avancé par les avocats de la tutelle, le droit au logement n’est pas un droit constitutionnel mais un « droit d’objectifs ». Et la Loi sur le droit au logement opposable alors ? Oui, la Loi est bien à changer. Le droit de la propriété privée reste aujourd’hui plus important, que ce que devrait dicter l’intérêt général : que l’Etat garantisse à toutes et tous un logement !

Comment accepter que tant de bâtiments soient inoccupés (il y en aurait 1,8 millions de vacants en France dont 330 000 en Ile de France et 122 000 à Paris) alors que plus de 1,3 millions de familles attendent un HLM dont 300 000 en Ile de France !

Cette réquisition, débutée à la veille de la trêve hivernale, révèle en effet à la fois l’inapplication de la Loi DALO, la forte persistance de la crise du logement, la totale insuffisance des mesures gouvernementales en faveur du logement étudiant et du logement social en général. Elle révèle également la non application de la Loi sur les réquisitions des logements vides.

En attendant cette réquisition permet à 33 personnes, étudiant-e-s, précaires, sans logement, de passer l’hiver sous un toit. Cette réquisition répond donc à l’intérêt général. C’est l’Etat qu’il faut condamner pour son refus de mener les politiques nécessaires pour répondre à la crise du logement et les collectifs militants comme jeudi noir ! Alors bravo à jeudi noir, merci à Laurent Dubouchet d’avoir pris le temps à chaque étape de tout nous raconter !

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